Trøndelag et côte centrale
Entre la cathédrale de Nidaros à Trondheim, les maisons ocres de Røros à 630 m et les bœufs musqués du Dovrefjell, le Trøndelag fait basculer la Norvège du sud vers le nord subarctique.
Le Trøndelag s'étire de part et d'autre du fjord de Trondheim, sur près de 200 kilomètres entre les hauts plateaux du Dovrefjell au sud et les côtes morcelées de Namdalen au nord. C'est une région charnière : on y bascule du sud agricole vers le nord subarctique, et la latitude (63°N pour Trondheim) commence à imposer ses contraintes, jours très longs en juin, lumière rasante dès 14h en décembre. Notre équipe la programme régulièrement comme étape structurante entre Oslo et les Lofoten, mais elle mérite d'être considérée pour elle-même.
Trondheim, troisième ville du pays avec 215 000 habitants, fut la capitale du royaume jusqu'au XIIIᵉ siècle. La cathédrale de Nidaros, commencée en 1070 sur la tombe de saint Olav, reste le lieu de couronnement des souverains norvégiens et le terme du pèlerinage de Saint-Olav, un sentier balisé de 643 kilomètres venu d'Oslo. Le quartier de Bakklandet, sur la rive est de la Nidelva, aligne ses maisons en bois peintes et ses anciens entrepôts sur pilotis, aujourd'hui reconvertis en cafés et ateliers. La ville se traverse à pied ou à vélo en une journée et demie.
À 160 kilomètres au sud-est, Røros pose un cas à part. Ce bourg minier classé à l'Unesco depuis 1980 a vécu trois siècles autour de l'extraction du cuivre, fermée en 1977. Les rues conservent leur damier d'origine, les façades en bois ocre noircies par le temps, et les terrils dominent toujours la ville. À 630 mètres d'altitude sur un plateau dénudé, Røros enregistre régulièrement des hivers à -25°C en janvier et reste l'une des localités habitées les plus froides d'Europe continentale. Le marché de février, Rørosmartnan, perpétue depuis 1854 une foire commerciale qui réunit producteurs et artisans pendant cinq jours.
Côté ouest, la côte du Trøndelag se découpe en milliers d'îlots. Hitra et Frøya, reliées au continent par tunnels sous-marins, vivent de la pêche et de l'élevage de saumon, premier produit d'exportation norvégien après le pétrole. On y mange du crabe royal pêché localement, des moules de cordes, et le bacalao revisité à la sauce tomate, héritage des liens commerciaux avec le Portugal. Les fermes-auberges (gårdsmat) y proposent des nuits simples en bord de mer, avec une économie de poissonniers et d'éleveurs encore visible. Plus au nord, l'archipel de Vega, classé Unesco pour sa tradition de récolte de duvet d'eider, marque la transition vers le Nordland.
Le parc national de Dovrefjell-Sunndalsfjella, à l'extrémité sud de la région, abrite la dernière population de bœufs musqués d'Europe continentale, réintroduits depuis le Groenland dans les années 1930. Un safari pédestre guidé de 5 à 7 heures au départ d'Oppdal ou Hjerkinn permet de les approcher à 100-200 mètres, jumelles indispensables. Le plateau monte à plus de 2 000 mètres et conserve une faune alpine rare : gloutons, renards polaires, aigles royaux. C'est aussi le seul endroit du pays où on peut combiner facilement train (ligne Dovrebanen Oslo-Trondheim) et randonnée d'altitude.
Le Trøndelag est enfin une région agricole, longtemps grenier à blé du nord. Les paysages du Stiklestad, où mourut saint Olav en 1030, et les vallées du Gauldal et du Verdal présentent une succession de fermes rouges, de granges en bois et de pâturages bordés de forêts de bouleaux. C'est cette Norvège-là, rurale et habitée, qui surprend les voyageurs venus chercher seulement des fjords.
À découvrir
Cathédrale de Nidaros, Trondheim. Édifice gothique construit sur la tombe de saint Olav, lieu de couronnement des rois de Norvège depuis 1163. Façade ouest sculptée de 86 statues, visitable avec montée à la tour.
Safari bœufs musqués au Dovrefjell. Marche guidée de 5 à 7 heures au départ d'Hjerkinn pour approcher l'un des 250 individus du troupeau. Sortie possible de juin à septembre, départs matinaux conseillés.
Røros, ville minière à 630 m. Maisons en bois ocre alignées autour des terrils de cuivre, classées Unesco. Hivers à -25°C en janvier, lumière particulière qui justifie un détour même par temps froid.
Côte de Hitra et Frøya. Îles reliées par tunnels sous-marins, économie de saumon et de crabe royal. Nuits en fermes-auberges face à la mer, kayak entre les îlots de juin à août.
Bakklandet et les quais de Trondheim. Anciens entrepôts en bois sur pilotis le long de la Nidelva, reconvertis en cafés et ateliers. Quartier traversable à pied en deux heures, parfait pour une fin de journée.
Quand y aller
La meilleure fenêtre s'étend de fin mai à mi-septembre. En juin et juillet, les températures à Trondheim oscillent entre 12 et 20°C, le jour ne se couche jamais vraiment (clarté permanente fin juin) et les sentiers du Dovrefjell sont déneigés. Août apporte des nuits plus fraîches et les premières myrtilles dans les forêts. Septembre offre les couleurs d'automne sur les bouleaux du Stiklestad et reste praticable pour la randonnée jusqu'à mi-mois, avec 5 à 10°C en journée.
L'hiver présente deux visages selon l'altitude. Sur la côte, Trondheim reste relativement clémente (-2 à 2°C en janvier) avec une humidité forte et des journées de 4 à 5 heures de clarté. À Røros et sur le plateau du Dovrefjell, les températures descendent régulièrement à -20°C, voire -30°C lors des vagues de froid, mais l'air est sec et la neige stable. Nous déconseillons octobre-novembre et avril : alternance pluie-neige fondue, sentiers boueux, fermetures partielles des hébergements ruraux.
Conseils pratiques
Nous recommandons 3 à 5 jours sur place. Deux jours pour Trondheim et sa cathédrale, un jour pour Røros (3h de route ou train depuis Trondheim, nuit sur place conseillée), un à deux jours pour le Dovrefjell ou la côte de Hitra. L'aéroport de Trondheim-Værnes accueille des vols directs depuis Oslo (50 minutes) et plusieurs capitales européennes en été. La ligne ferroviaire Dovrebanen relie Oslo à Trondheim en 6h30 à travers le Dovrefjell : nous l'utilisons souvent comme alternative à l'avion, plus lente mais panoramique.
Le Trøndelag s'articule naturellement avec deux autres étapes. Au sud, il prolonge un séjour à Oslo et l'Østlandet via le train Dovrebanen. Au nord, il sert de tremplin vers les Lofoten et Vesterålen, soit par vol intérieur (1h pour Bodø puis ferry), soit par la route côtière en 2 à 3 jours via la Kystriksveien et l'archipel de Vega. Le niveau de confort est élevé : hôtels urbains à Trondheim, fermes-auberges sur la côte, lodges d'altitude au Dovrefjell. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux familles avec enfants à partir de 8 ans (safari bœufs musqués accessible), et aux amateurs de patrimoine rural plus qu'aux chasseurs de fjords spectaculaires, à réserver pour l'Ouest.